Aesma a écrit : ↑10 déc. 2025, 15:18
Je vous linke
l'article de Frustration Magazine à ce sujet. Je suis très TRÈS surprise que ce soit le FN qui s'empare de cette revendication qui n'est pas si mauvaise, très déçue (mais pas surprise) que la gauche n'arrive pas à se pencher convenablement sur le sujet et surtout j'ai AUCUNE confiance dans le FN pour protéger les prostitué-es qui sont déjà très marginalisé-es et représentent tout ce que le FN s'applique à oppimer : des migrant-es, des queers, des handi-es, des personnes précaires.
Je reviens là-dessus avec
ce podcast (3 épisodes de 20min) +
cette vidéo
Dans le podcast on s'intéresse à la très récente décriminalisation en Belgique. Du point de vue des TDS, cette mesure n'a pas eu un impact immédiat et considérable sur leur vie, beaucoup ne souhaitent pas ou ne peuvent pas se déclarer, on aborde aussi la possibilité d'ouverture du salariat qui permet donc d'accéder aux droits des travailleureuses (RTT, congé maladie, cotisation pour la retraite, droits à l'assurance chômage etc etc) avec la garantie que les TDS peuvent refuser des client·es ou des pratiques (d'où l'importance de reconnaitre qu'il s'agit de travail du sexe là où une """masseuse""" n'ait pas en mesure de refuser un·e client·e). Y a un certain enthousiasme pour cette mesure chez les TDS vu que ça leur apporterait une certaine protection MAIS
pour être salarié·e, il faut être régulariser et c'est probablement un point crucial pour le FN puisque ça exclut toutes les personnes sans papier. Côté asso on note que la décriminalisation permet avant tout la suppression des risques juridiques vu qu'il existait un tas de choses qui permettait d'incriminer les TDS (on a un exemple en France à la page 42 de
ce rapport où malgré une politique "abolitionniste" et de pénalisation des clients, une TDS raconte qu'elle en a pour 1000€ de frais d'avocat pour sortir de rétention parce qu'elle se fait régulièrement arrêter par la police et a donc décidé de passer par un intermédiaire - donc un proxénète qui lui prend une part de sa thune - pour limiter ce risque). Cette asso note également de petites avancées, avec une réduction des annonces proposant des pratiques à risque, une augmentation des plaintes lorsque les clients se révèlent être des agresseurs et ne respectent pas le contrat pré-établi.
Sur le fait de se déclarer y a des gros espoirs sur les coopératives ça parle notamment d'une boite qui s'appelle SMART mais j'ai pas compris exactement comment ça fonctionnait
Le gros espoir c'est que cette loi permette d'atténuer le stigmate de la prostitution, certaines personnes le disent, elles ont un peu moins peur depuis le passage de la loi et espère qu'à l'avenir elles ne subiront plus de discrimination à l'embauche, au logement etc du fait d'être ou avoir été prostituées. Mais aux Pays-Bas ça s'est aussi traduit par une augmentation du stigmate pour les personnes qui ne respectaient pas le cadre imposé. Inquiétude aussi sur le déplacement de la prostitution vers le web notamment du fait de la répression de politiques communales très hostiles qui ne veulent pas de ça chez elles. Les TDS de rue disparaissent ce qui a pour conséquence de les isoler, ielles peuvent moins facilement bénéficier de soutien par les pair·es, ielles sont moins facilement identifiables par les assos d’accompagnement.
Les assos abolos ont peur d'une augmentation des réseaux de traite, condamnent une légalisation du proxénétisme via ce statut salarié et regrettent une banalisation de la prostitution, que l'on rende normal d'arrondir ses fins de mois en tapinant et s'inquiètent pour les + jeunes qui sont de + en + nombreuxses à se prostituer. Un chercheur note que cette augmentation est principalement dûe à... la précarisation accrue des jeunes. (C'est pas la France à Macron mais l'inflation ça touche aussi la Belgique).
On cite notamment l'exemple de la France avec la pénalisation des clients en 2016 qui a vu une augmentation de la précarisation, des IST, des violences etc pour s'opposer aux discours abolitionnistes et on note que de nombreuses associations (par exemple
Amnesty International,
Médecins du Monde ou
le Planning Familial) prônent la décriminalisation de la prostitution pour mieux lutter contre les réseaux de traite.
Au niveau de l'UE on se dirige de + en + vers une généralisation du modèle abolitionniste suédois ce qui est déploré par les concerné·es, on s'attaque à la prostitution mais pas à la cause de la prostitution, pas à la précarité, pas à l'irrégularité, pas à la transphobie, au validisme de notre société. On leur dit d'arrêter le tapin sans leur offrir d'alternative viable et avec des "aides à la sortie" qui correspondent à la moitié du seuil de pauvreté.
Dans l'autre vidéo on aborde beaucoup beaucoup de choses.
Déjà dans les choses que je retiens : ce n'est pas la première fois que la droite propose
un texte "en faveur" des TDS, il est porté par Philippe Juvon, député LR (et j'avoue ça me fait mal mais le texte en lui-même me parait plutôt très correct alors qu'il est co-signé par cette immense merde de Sébastien Chenu

), puisqu'il vise à modifier la définition de "proxénétisme" dans le droit français :
Le proxénétisme est le fait, par quiconque, de quelque manière que ce soit :
→ D'aider, d'assister ou de protéger la prostitution d'autrui ;
→ De tirer profit de la prostitution d'autrui, d'en partager les produits ou de recevoir des subsides d'une personne se livrant habituellement à la prostitution ;
→ D'embaucher, d'entraîner ou de détourner une personne en vue de la prostitution ou d'exercer sur elle une pression pour qu'elle se prostitue ou continue à le faire.
Le proxénétisme est puni de sept ans d'emprisonnement et de 150 000 euros d'amende.
Y a plein de subtilités
ici avec plein d'autres articles
Et c'est en effet un vrai problème, souvent dénoncé par les concerné·es. Dans la loi française on ne fait pas de différence entre un mac et un·e pote. Tu peux être inculper pour proxénétisme si tu vis en coloc avec une pute, si tu vis en couple avec une pute, si tu loues un appart à une pute (et en tant que proprio tu peux virer une personne de son logement sans préavis si elle se prostitue), si en tant que jeune majeur·e ta mère est une pute et pourvoi à tes besoins, si une pute t'offre un cadeau, te prête ou te donne de l'argent. Et du coup l'inverse est vrai aussi : aider, assister la prostitution d'autrui, si tu prêtes ou donnes de l'argent à une pote pute tu es considéré·e comme proxénète aux yeux de la loi, si tu lui fournis des capotes aussi, les potes TDS qui donnent des conseils aussi, la personne qui fait tes back-up (que tu préviens et à laquelle tu donnes des infos quand tu as un RDV et qui s'assure que tu ailles bien), etc etc.
Donc là le texte viserait uniquement le 2e point et permettrait de ne plus inculper les "gentil·les" propriétaires qui louent des apparts à des personnes qui se prostituent parce que quand-même la peine est lourde donc ça fait chier. Assez scandalisée que le 1e point osef alors que les réseaux d'entraide sont assez capitaux dans ce milieu où les personnes sont ULTRA vulnérables mais en soi permettre aux TDS de pouvoir avoir un logement sans risquer d'être expulsé·e à tout moment, de pouvoir vivre en coloc, en couple, avec ses enfants majeur·es, prétendre à une banque ce serait déjà une mini avancée salutaire.
Bon je pense que comme d'hab' ça laisse toujours de côté les sans pap' (d'ailleurs cette proposition de loi a un an, et je me souviens pas que les gens en aient parlé,
il semble actuellement au point mort)
PENDANT CE TEMPS,
Laurence Rossignol veut à l'inverse étendre la pénalisation des client·es aux prestations dématérialisées (comprendre que si tu achètes un nude sur OnlyFan tu devrais être pénalisé·e) avec un objectif de législation proche de la Suède (
qui a pourtant de grosses failles)
Dans les autres trucs abordés que j'ai retenu y a le fait que les assos d'aide à la sortie type le Nid ont une manière de fonctionner très discutable :
→ Aucune aide matérielle apportée lors des maraudes (faudrait pas leur fournir des capotes qui leur permettraient d'éviter les IST)
→ Les personnes en parcours de sortie ont interdiction de se prostituer sous peine de se voir supprimer les aides (j'ai pas cherché récemment mais y a pas si longtemps c'était 330€ + 100€ par enfant à charge, non cumulable avec d'autres aides - donc déjà le RSA est + avantageux alors que c'est déjà la catastrophe - et cette aide est conditionnée au fait de parler français + est retirée en cas de ""récidive"". Soyons clair, 330€ ça ne suffit pas pour vivre, le RSA ne suffit déjà pas pour vivre et c'est à cause de la faiblesse de cette aide que de nombreuses personnes se sont mises à la prostitution. Si c'était 330€ en sus, pour avoir un complément de revenus, pouvoir se permettre de refuser des passes, mettre de côté pour envisager de faire autre chose, ce serait cool. Mais c'est pas le cas.
→ Beaucoup de TDS développent des compétences via cette activité, qui ne sont strictement jamais valorisées lorsqu'ielles cherchent à se reconvertir. Les métiers alternatifs qu'on leur propose sont systématiquement des métiers dévalorisés, difficiles, dangereux, sous-payés. Quitter le tapin pour être femme de ménage ben... bof. Bosser des heures, en se pétant le dos et en respirant des produits toxiques, meh.
On en a parlé ailleurs et ça s'offusquait que "Je voudrais pas que mes enfants se prostituent", ben ouais ok, mais j'avoue que je préfèrerais aussi que mes enfants soient pas éboueurses, employé·e polyvant·e McDo, agent·e d'entretien. Des métiers de pauvres, de femmes, de racisé·es. Et c'est pas des métiers que je méprise fait par des personnes qui seraient "inférieures", c'est des métiers de merde qui devraient être mieux rémunéré·es, avec moins d'heures, avec une meilleure protection en cas d'accidents etc (et certainement pas des contrats encore + précaires, les aides ménagères c'est de + en + de la sous-traitance qui passe par des agences d'intérim, elles sont payées les heures faites sur place mais pas les trajets entre, sont souvent en temps partiel et ne sont pas payées quand elles sont malades etc

) Et d'ailleurs c'est fou,
quand c'est bien payé, et bien considéré, les gens se battent pour le faire.
Sur le FN et sa proposition, les trucs dont ils parlent quand on les interroge sur le sujet :
→ Je me demandais pourquoi c'était le terme de "maison close" qui était ressorti alors que ce n'est pas nécessairement l'objet de cette proposition de loi mais c'est bien le porteur du texte lui-même qui l'a utilisé
ici « Je vais proposer la réouverture des maisons closes, mais tenues par les prostituées elles-mêmes, en mode coopératif » et ça m'interroge ++ parce que ça évoque une époque lointaine et révolue, hors les maisons closes c'est l'époque des "
filles à numéro" où l'on fichait les prostituées pour s'assurer qu'elles ne risquaient pas de contaminer les "pauvres" clients.
→ J'ai aussi vu passer un vieux mec de droite qui disait
ici « Je suis pour. Avant, l’apprentissage de la sexualité se faisait dans les maisons closes et se faisait moins par internet » et vraiment ça me terrifie, remplacer l'EVARS par leurs maisons closes. Osecour.
On est vraiment dans un fantasme de la France à l'ancienne où papa emmenait son fiston aux putes pour qu'il devienne un homme et qu'on le dépucèle. Je. :vomi: Donc comme je le craignais, le focus n'est pas fait sur le bien-être des TDS et l'avancée de leurs droits mais est 100% axé sur le confort des hommes avec des relents mascus que j'arrive pas à analyser parfaitement mais qui me débecte bien.